Eléments d'histoire de la photographie

 

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La révolution qu'a engendrée l'invention de la photographie en 1826 fut bien sûr technique, mais également artistique. Progressivement, les arts picturaux s'en trouveront bouleversés et de nombreux croisements vont se mettre en place avec l'Histoire de la peinture.

Nouveau : une version vidéo en quatre courts épisodes est également disponible sur la page La photographie en classe.

 

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UNE INVENTION QUI RÉVOLUTIONNE L'HISTOIRE DES IMAGES


Au cƓur d’une pĂ©riode marquĂ©e par de profonds bouleversements, une invention va dĂ©terminer l’évolution des arts graphiques...

En 1826, dans sa maison de de Saint Loup de Varennes, le scientifique NicĂ©phore NiĂ©pce (1765-1833 enduit une plaque d’étain de bitume de JudĂ©e, un rĂ©actif chimique qui change d’aspect si on l’expose Ă  la lumiĂšre.
Il rĂ©alise la premiĂšre photographie connue au monde. Il a laissĂ© son appareil sur un trĂ©pied pendant plusieurs dizaines d'heures pour obtenir cette image : une vue depuis la fenĂȘtre de sa chambre.

Il baptise son invention « héliographie » qui signifie en grec « écriture par le soleil ». Le mot photographie, « écriture par la lumiÚre » apparaßt un peu plus tard, à partir des années 1830.

 

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Le principe de la chambre noire ou camera obscura est connu depuis l’antiquitĂ©.
Dans une piĂšce ou une boĂźte fermĂ©e, on perce une ouverture minuscule stĂ©nopé pour faire pĂ©nĂ©trer la lumiĂšre du jour. L’image de l’extĂ©rieur se reflĂšte alors Ă  l’envers sur le mur du fond.

Au cours de la renaissance, ce systĂšme connaĂźt des amĂ©liorations : un miroir permet de redresser l’image Ă  l’endroit et une lentille situĂ©e Ă  l’orifice amĂ©liore la nettetĂ©.
Toutes les conditions sont rĂ©unies pour concevoir un appareil photo, mais il reste un problĂšme : l’image au fond de la camera obscura est une projection Ă©phĂ©mĂšre, personne n’arrive encore Ă  la retenir sans avoir recours au dessin.

Pour rĂ©aliser une photographie, il faudra trouver un moyen de fixer l’image sur un support avec des rĂ©actifs chimiques.

 

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De nombreux savants et scientifiques se sont intĂ©ressĂ©s Ă  l’invention de NicĂ©phore NiĂ©pce.

Louis Daguerre (1787-1851) met au point un procédé à partir de 1837 qui donne des images plus nettes et plus précises : le daguerréotype.

Le photographe enduit une plaque de cuivre d’une fine couche d’argent et la soumet Ă  des vapeurs d’iode. Cette plaque est exposĂ©e Ă  la lumiĂšre dans une chambre noire. L’image apparaĂźt grĂące Ă  des produits chimiques. Elle est ensuite protĂ©gĂ©e dans un sous verre car elle est fragile. Elle reste unique et ne peut ĂȘtre reproduite.

Le temps de pose est encore long (10 à 15 mn) : une telle durée ne permet de figer les mouvements, et tous les passants présents sur l'image ci-dessus se retrouvent effacés de l'image. Seuls sur le trottoir apparaissent un cireur de chaussures et son client, restés fixes suffisamment longtemps pour impressionner la plaque photographique...

 

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En Angleterre, Wiliam Henri Fox Talbot (1800-1877) va inventer le calotype («belle image» en grec), procĂ©dĂ© de nĂ©gatif sur papier qui permet de rĂ©aliser un tirage positif. C’est une nouvelle rĂ©volution : on peut ainsi rĂ©aliser autant de tirages que l’on veut.

Le temps de pose s’est rĂ©duit : 1 Ă  15 minutes selon les cas.

 

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La photographie est devenue rapidement une source de curiositĂ©. Beaucoup de gens veulent faire rĂ©aliser leur portrait ! Mais au milieu du XIXĂšme siĂšcle, il n’est pas encore possible d’avoir un appareil chez soi. On doit donc se dĂ©placer chez le photographe et poser dans un studio.

Les appareils sont lourds, encombrants et doivent ĂȘtre fixĂ©s sur trĂ©pied.

Le matĂ©riel nĂ©cessaire aux premiers photographes peut aller jusqu’à 50 kg. Le temps de pose dure encore plusieurs minutes : c’est peut-ĂȘtre la raison pour laquelle sur les photos de cette Ă©poque les personnages ont une expression sĂ©rieuse et concentrĂ©e. On dĂ©veloppe des astuces : poser son bras, cale tĂȘte derriĂšre la nuque...

 

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La premiÚre méthode pour accéder à la couleur consista à peindre les photographies à la main.

La recherche de Louis Ducos du Hauron (1837-1920) porta sur une mĂ©thode de reproduction photographique des couleurs. Il mit au point en 1869 la thĂ©orie de la photo couleur trichromique, qui utilise des filtres pour sĂ©lectionner le rouge, le vert et le bleu en trois expositions sĂ©parĂ©es. AprĂšs l’exposition, les 3 nĂ©gatifs couleurs servent chacun Ă  graver une plaque positive en couleur pour obtenir une Ă©preuve.

Louis LumiĂšre (1864-1948) prĂ©sente en 1903 l’ « autochrome », le premier procĂ©dĂ© industriel connu pour rĂ©aliser des photos en couleur. Son idĂ©e consiste Ă  saupoudrer la surface sensible de grains colorĂ©s en rouge, vert et bleu, afin qu’ils filtrent la lumiĂšre. Il essaie plusieurs matiĂšres (levures, petits Ă©maux Ă©crasĂ©s...), mais c’est finalement la fĂ©cule de pomme de terre qui montre les meilleurs rĂ©sultats et qui sera utilisĂ©e par la suite.

Il faudra cependant attendre 1950 pour que la photographie couleur se généralise, avec des appareils plus compacts et la mise sur le marché de la pellicule Kodachrome.

 

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PEINTRES ET PHOTOGRAPHES...


De la remarque plutĂŽt dĂ©faitiste : « A partir d’aujourd’hui la peinture est morte » attribuĂ©e Ă  LarochedĂ©couvrant un daguerrĂ©otype, au banal sarcastique : « Est-ce de l’art ? », les relations entre photographes et le monde de l’art ont toujours Ă©tĂ© difficiles.
La photographie n’est cependant pas considĂ©rĂ©e Ă  ses dĂ©buts comme un art : Baudelaire dira ainsi que « la photographie n’est pas un art mais un procĂ©dĂ© mĂ©canique de reproduction et le refuge des peintres manquĂ©s ! »
Les photographes se tournent pourtant vers l’art, explorant plusieurs courant :

Imiter l’art pictural (palliatif aux poses nĂ©cessairement statiques, travail au niveau des poses et des costumes, Ă©clairage en clair-obscur...)

Référence à la littérature (prise sur le vif des épisodes spontanés de la vie quotidienne, dans un contexte naturel sans artifice et manipulation)

DĂšs l’invention de la photographie, les peintres se saisissent d’abord de cette technique nouvelle dans le but de s’affranchir des modĂšles et d’éviter des temps de pose inconfortables ou trop longs.

 

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Fasciné par cette technique, Edgar Degas (1834-1917) sut conjointement utiliser sa maßtrise picturale dans sa pratique photographique et les apports de la photographie dans certains de ses tableaux. En particulier, absorbé dans des recherches sur le clair-obscur, il fit de nombreuses photographies le soir, en utilisant plusieurs sources lumineuses indirectes pour obtenir des effets d'ambiance {"comme chez les maßtres"}.

En 1895-1896, durant une pĂ©riode brĂšve mais intense, Edgar Degas explore les possibilitĂ©s esthĂ©tiques que lui offre la photographie. Ni amateur, comme ont pu l'ĂȘtre Bonnard ou Zola à la mĂȘme Ă©poque, ni influencĂ© par le courant pictorialiste, il dĂ©veloppe une Ɠuvre trĂšs personnelle faite surtout de portraits rĂ©alisĂ©s Ă  la lumiĂšre artificielle.

 

 

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Du « procédé mécanique de reproduction » décrit par Baudelaire, la photographie cherche à se développer à partir de 1885 comme un art à part entiÚre.

Le pictorialisme est la toute premiĂšre Ă©cole de photographie artistique.
Les photographes tentent d’imiter la peinture et l’eau forte, en usant de techniques de retouche en chambre noire, l’emploi de papier spĂ©ciaux, utilisation de filtres.
Alfred Stieglitz (1864-1946) a Ă©tĂ© toute sa vie un dĂ©fenseur de l’art moderne et a eu un impact sur la dĂ©marche artistique de Marcel Duchamp.

 

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L’invention de la photographie bouleverse la finalitĂ© que s'est jusqu'alors assignĂ© l’art, l’imitation du rĂ©el.

Le courant impressionniste subit directement son influence, à la fois dans sa volonté de saisir la fugacité des choses (les peintures peuvent ainsi évoquer les instantanés photographiques) comme dans les cadrages nouveaux choisis.

Gustave Caillebotte (1848-1894) est un homme aux talents multiples : à sa pratique de la peinture, il ajoute celle de collectionneur, architecte naval, constructeur et régatier...

 

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Cet abandon de la peinture imitative s’applique dĂšs lors Ă©galement au portrait, dont l’évolution est spectaculaire.

Le cubisme, puis la peinture abstraite dĂ©coulent en partie Ă©galement de cette recherche d’un mode nouveau de reprĂ©sentation du monde qu’a initiĂ© la photographie.

 

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Les influences sont multiples et croisées : la photographie devient un élément de la peinture, par le biais de collages trÚs utilisés par les surréalistes.

Salvador Dali a dit Ă  plusieurs reprises au cours de sa vie que sa peinture n’est autre que de la photographie, faite Ă  la main et en couleur. Évidemment, il parlait de la photographie des annĂ©es 50, en noir et blanc. De fait, si l’on ĂŽte l’aspect surrĂ©aliste de la peinture de Dali, l'essentiel prend la forme d'un rĂ©alisme acadĂ©mique. Ses propos prennent alors tout leur sens. Il y a une rĂ©elle affinitĂ© entre l’art de Dali et la photographie.

Dali a collaborĂ© avec plusieurs photographes, d’abord Man Ray et BrassaĂŻ, puis avec Cecil Beaton et Philippe Halsman.

 

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LA PHOTOGRAPHIE : UN ART INDÉPENDANT


Une des premiĂšres tentations de la photographie sera de rĂ©aliser une forme d’{{inventaire du monde}}.

Karl Blossfeldt (1865-1932) prĂ©sentera ses photographies de formes vĂ©gĂ©tales dans cette optique scientifique, comme des objets d’enseignement, proche de la pratique de l’herbier. La modernitĂ© de ses photographies sera immĂ©diatement reconnue.

Pour en scruter chaque détail, Blossfeldt multiplie 30 fois la forme réelle de ses sujets.

 

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Des genres photographiques vont se développer : parmi ceux-ci, le photoreportage de guerre.

Robert Capa (1913-1954) est un photographe amĂ©ricain d’origine hongroise, de son vrai nom Endre Friedmann. Son pseudonyme lui permet de bĂątir tout un personnage, Ă  base de cĂ©lĂ©britĂ© et dont l’image de ce soldat fauchĂ© par une balle durant la guerre d’Espagne lui assurera une grande cĂ©lĂ©britĂ©.

L'image de ce combattant rĂ©publicain fauchĂ© par une balle devient une icĂŽne de l’anti-fascisme, une des premiĂšres photos gravĂ©es dans l’imagerie collective, comme le deviendront celles du dĂ©barquement en Normandie.

Le crĂ©do de Robert Capa, « au cƓur de l’action », le voit prendre beaucoup de risque. Il meurt lors d’un reportage en Indochine en sautant sur une mine.

Nick Ut sera laurĂ©at du World Press Photo en 1972 pour cette photo d’enfants terrorisĂ©s, souffrant de brĂ»lure au Napalm. Son impact en terme de communication autour de la guerre du Viet-Nam sera Ă©norme.

 

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Cette vocation journalistique de tĂ©moignage de la photographie n’est pas d’aujourd’hui : ainsi cette photographie de 1848 rend-t-elle compte des barricades sur la rue Saint Maur Ă  Paris lors des journĂ©es rĂ©volutionnaires. Il s’agit d’un DaguerrĂ©otype, dont le temps de pose long n’a pas permis de fixer les personnages mouvants...

 

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La photographie va exceller dans le tĂ©moignage social. L’aprĂšs-guerre voit Ă©merger un mouvement artistique profond, la photographie humaniste.

Dorothea Lange (1895-1965) illustre ainsi la détresse du peuple touché par la crise de 1929.

Quant Ă  Henri Cartier Bresson (1908-2004), il sait saisir l’air du temps de 1968. Co- fondateur de la cĂ©lĂšbre agence Magnum (avec Robert Capa entre autre !), il voit dans l’appareil photographique «un carnet de croquis, l’instrument de l’intuition et de la spontanĂ©itĂ©, le maĂźtre de l’instant qui, en terme visuel, questionne et dĂ©cide Ă  la fois».

 

 

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Point d’orgue de la photographie humaniste, The Family of Man dresse un portrait de l'humanitĂ©, insistant sur les diffĂ©rences entre les hommes mais aussi leur appartenance Ă  une mĂȘme communautĂ©.

Cette exposition s'organise autour de 37 thĂšmes tels que l'amour, la foi en l'homme, la naissance, le travail, la famille, l'Ă©ducation, les enfants, la guerre et la paix...

 

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Edward Steichen est un peintre, photographe, galeriste amĂ©ricain d’origine luxembourgeoise. Il fut conservateur du MoMA de New-York de 1947 Ă  1962.
The Family of Man réunit des photographes célÚbres, mais également des amateurs. Un travail de tri considérable a été effectué par Steichen et son assistant Waine Miller. Suite à un appel à des photographes de tous les pays, professionnels ou amateurs, plus de 2 millions de clichés ont été reçus et traités un par un pour arriver à la sélection finale.

L'intention de Steichen était de montrer d'une part l'universalité de l'expérience humaine, mais aussi la formidable capacité de la photographie à rendre compte de cette expérience humaine universelle.

Elle est inaugurée le 24 janvier 1955, au MoMa et réunit 503 photographies de 273 photographes, professionnels et amateurs, renommés ou inconnus, en provenance de 68 pays.

L'exposition restaurée rencontre un nouveau succÚs à Toulouse, Tokyo et Hiroshima de 1993 à 1994 avant son installation définitive au musée de Clervaux, au Luxembourg, pays natal de Steichen. Le musée ouvre ses porte le 3 juin 1994, en respectant l'agencement de l'exposition de 1955.

 

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D’autres photographes prendront le relai de ce courant de la photographie humaniste. Parmi eux, Raymond Depardon ou Joseph Koudelka : ce dernier, nĂ© en TchĂ©coslovaquie, photographie en 1968 le printemps de Prague. Sa sĂ©rie sur les gitans rĂ©alisĂ©e dans les annĂ©es 70 lui assure une renommĂ©e mondiale.

 

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La photographie de nature est un genre que l’on retrouve depuis toujours. Les photographies y sont souvent extrĂȘmement prĂ©parĂ©es. Les moyens techniques mis en Ɠuvre peuvent ĂȘtre considĂ©rables, comme chez Stephen Dalton.

Ansel Adams utilise un appareil grand format, qui lui assure un piquĂ© et une profondeur exceptionnels, et il dĂ©veloppe un systĂšme d’exposition complexe (le zone system) lui permettant de rendre l’étendue de la gamme des gris. Ecologiste, il est connu pour ses photographies en noir et blanc de l’Ouest amĂ©ricain.

 

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Les rayogrammes de l'AmĂ©ricain Man Ray sont l'aboutissement des expĂ©riences qu'il a menĂ©es durant son enfance pour produire des photogrammes de feuilles Ă  l'aide de la lumiĂšre du soleil. Ce type d’image est obtenu en dĂ©plaçant une source lumineuse autour d'objets, dont certains peuvent ĂȘtre transparents, disposĂ©s sur du papier sensible. Le papier enregistre - avec divers degrĂ©s de densitĂ© selon le temps de pose - les contours, les ombres et les motifs crĂ©Ă©s par la rĂ©fraction.
Avec ses rayogrammes, Man Ray veut faire de la photographie sans appareil photo.

Dans ses mĂ©moires, Man Ray raconte qu’Alice Prin, dite Kiki de Montparnasse, refusait de poser pour lui, parce que, disait-elle, "un photographe n’enregistrait que la rĂ©alitĂ©". Relatant sa rĂ©ponse Ă  Kiki, il poursuit: "Pas moi... je photographiais comme je peignais, transformant le sujet comme le ferait un peintre. Comme lui, j’idĂ©alisais ou dĂ©formais mon sujet". Le Violon d’Ingres illustre particuliĂšrement ces propos Ă©voquant une photographie Ă  mi-chemin entre la peinture et la reproduction mĂ©canique.

 

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Binh Manh est un photographe vietnamien qui travaille sur la mĂ©moire de la guerre qui a ravagĂ© son pays. Il place des nĂ©gatifs, parfois de trĂšs grande taille, sur des feuilles vertes qu’il expose ensuite Ă  la lumiĂšre du soleil longuement (plusieurs jours). La photographie obtenue est due Ă  l’action de la chlorophylle, et l’image est fixĂ©e par sĂ©chage...

 

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Diane Airbus (1923-1971) travaille sur le portrait, c’est une des premiĂšre Ă  utiliser un flash en plus de l’éclairage naturel. Signature de son travail, il permet d’étaler la lumiĂšre qui devient artificielle en valorisant le sujet sans le flatter.
Pour Diane Arbus, « une photographie est un secret Ă  propos d’un secret. Plus elle en dit, moins vous en savez. »

En photographiant ces personnages hors norme, marginaux, malades mentaux ou dĂ©ficients intellectuels, elle dresse un portrait troublant de l’AmĂ©rique des annĂ©es 60.

 

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Gilbert Garcin se met Ă  la photographie quand arrive l’ñge de la retraite, aprĂšs un stage Ă  Arles. Son univers, fait de mises en scĂšne bricolĂ©es et oniriques de lui-mĂȘme, interroge l’absurditĂ© humaine. Son Ɠuvre est une longue sĂ©rie d’autoportraits oĂč la dĂ©rision est toujours prĂ©sente.

 

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PHOTOGRAPHIE ET PEINTURE : INFLUENCES


Howard Schatz explore un genre ancien, la chronophotographie. Il illustre les aller-retours permanents de l’art au sein de sa propre histoire...

 

 

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...le travail d’ Howard Schatz fait aussi Ă©cho Ă  deux Ɠuvres de Marcel Duchamp, elles mĂȘme faisant rĂ©fĂ©rence au travail de l'Anglais Muybridge dans les premiers temps de l’histoire de la photographie.

Au cours de la seconde moitié du XIXÚme siÚcle, les scientifiques Marey en France et Muybridge en Angleterre développent la chronophotographie.

Leur technique consiste Ă  rĂ©aliser une suite d’image en une fraction de seconde pour dĂ©composer des mouvements rapides : un cheval au galop, une personne en train de courir, une balle qui rebondit... et un nu descendant un escalier.

Marey met au point un fusil photographique pour étudier la décomposition du mouvement : 12 instantanés sont pris en une seconde.

Ces recherches contribueront Ă  l’invention du cinĂ©ma, notamment par les FrĂšres LumiĂšres en 1895.

 

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Un autre exemple d’aller-retour dans l'Histoire de l'Art peut ĂȘtre observĂ© dans le travail de la photographe Gail Albert Halaban lorsqu’elle photographie les maisons peintes par Edward Hopper 80 ans plus tĂŽt. Hopper lui-mĂȘme a pratiquĂ© la photographie, et ses peintures sont souvent rĂ©putĂ©es pour leur caractĂšre Ă©minemment photographique.

 

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IMAGE RÉELLE ET IMAGINÉE : LA RETOUCHE DES IMAGES


Entre capture du réel et image imaginée, la photographie a eu de tout temps affaire à la question de la retouche.
Lorsque Edward Baldus (1813-1889) rĂ©alise ses photos de monuments, il utilise l’assemblage de diffĂ©rents fragment afin de palier les limites techniques de son appareil.

 

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Le photographe Gustave Le Gray (1820-1884) juxtapose sur la mĂȘme image un ciel chargĂ© de nuages et un paysage marin, afin de rendre l’ensemble plus intĂ©ressant : c’est encore une contrainte technique (la dynamique de la pellicule est infĂ©rieure Ă  celle de l’Ɠil humain) qui est Ă  l’origine du procĂ©dĂ©.

 

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Constant Peyo (1857-1933) use de la mĂȘme technique des ciels rapportĂ©s, et donne pour un mĂȘme paysage diffĂ©rentes versions du ciel.

 

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Oscar Gustav Rejlander (1813-1875) compose pour sa part des vues rappelant la peinture classique de Raphaël. Dans Two ways of life, il construit son allégorie à partir de 30 négatifs !

 

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Henri Peach Robinson (1830-1901) utilise la mĂȘme technique de collage dans sa photo Fading away. Certaines parties de la photo finale peuvent avoir une existence autonome, comme dans She never told her love.

 

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Aujourd’hui, la retouche photographique est partout. Lorsque Andreas Gursky photographie 99 cents, qui sera Ă  son Ă©poque la photographie la plus chĂšre du monde, il ne se contente pas de mettre en scĂšne son image en plaçant soigneusement des figurants par exemple : il retouche ensuite les couleurs de sa photo, rajoute les poteaux...

 

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L’image de Jeff Wall est le rĂ©sultat d’une mise en scĂšne savamment prĂ©parĂ©e, de l’assemblage d’une centaine de prises de vue... Elle fait Ă©cho en histoire des arts Ă  une Ɠuvre d’HokusaĂŻ (1760-1849) parmi les 36 vues du Mont Fuji...

 

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Duane Michals réalise des séries racontant des histoires, ironiques et souvent féroces. «La plupart des photographes sont des reporters, moi je suis un écrivain de la photographie» explique-t-il. Il utilise de fait une narration séquentielle. Dans cette série, chaque image vient faire mentir la précédente, dans une mise en abßme permanente.

 

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LA REVOLUTION NUMERIQUE


Le premier des bouleversements du numĂ©rique n’est pas technique : liĂ© au dĂ©veloppement d’internet, il s’agit plutĂŽt de la mise Ă  disposition de chacun Ă  la fois d’outils crĂ©atifs autrefois difficile d’accĂšs, et Ă©galement de la possibilitĂ© de les diffuser librement et de façon universelle.

Chacun peut ĂȘtre photographe et peut ĂȘtre vu par tous.

Face aux chiffres vertigineux qui suivent, il importe plus que jamais pour les Ă©lĂšves d’apprendre Ă  voir, pour ne pas ĂȘtre submergĂ©s comme pour pouvoir faire le tri. L’Histoire des Arts peut et doit y contribuer.

 

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Publié le 15/06/2020
Modifié le 15/06/2020